Un bon cru

Le 17 décembre 2021

Dans cette dernière ligne droite avant la foooliiiie de Noël, il est encore temps de mettre les best of de l'année au pied du sapin. Très loin d'avoir tout vu, lu, consulté, compilé, de la très riche production des polars nés en 2021, je soumets à votre curiosité une poignée de préférés, vu par le micro bout de ma lorgnette. Et vous savez ce qui me ferait plaisir ? Recevoir votre sélection coup de cœur à laetitia@lamaisondupolar.com. Ce serait le plus beau des cadeaux. J'attends de vos nouvelles avant le D day !

Laetitia

Pas si pire

Tout bien considéré, avec la fermeture des salles une bonne partie de l'année, il reste quand même de belles pépites à nous mettre sous la dent.

La loi de Téhéran, film iranien de Saeed Roustayi, est sans conteste le polar de l'année, tout chaud sorti en DVD et blu-ray. Dans les bas-fonds de Téhéran, mais pas seulement. Un flic teigneux aux méthodes brutales et expéditives traque sans répit un parrain de la drogue. À couper le souffle.  

 

Dès demain, vous pouvez foncez sur Bac Nord, de Cédric Jimenez. Dans les quartiers nord de Marseille, où le taux de criminalité est le plus élevé de France, une équipe de la brigade anticriminalité (BAC), poussée par sa hiérarchie, tente tout, même l’action illégale, pour arriver à ses fins. Plus de deux millions d’entrées en salle. Un succès mérité pour cet excellent film d’action, réalisé dans une veine réaliste, avec des acteurs tous fantastiques.

 

Impossible de ne pas célébrer notre très regretté Bébél. Aussi je vous livre mon panthéon des 5 polars où sa présence, son charisme, son talent, s'avèrent aussi évidents qu'incomparables. Le Doulos (Jean-Pierre Melville, 1962), Le Voleur (Louis Malle, 1967), L’Homme de Rio, qui a enchanté ma jeunesse (François Truffaut, 1964), La sirène du Mississipi (François Truffaut, 1969), Le Magnifique (Philippe de Broca, 1973). Quel est le vôtre ? 

Le plein d'émotions

La richesse du polar réside dans son éclectisme. La preuve par trois.  

My Absolute Darling est le premier roman sensible et violent de Gabriel Tallent, qui nous laisse l'estomac retourné. Sur la côte Nord de la Californie, Turtle, jeune ado de 14 ans, lutte à mort pour se défaire de l'emprise toxique de son père. Une histoire d’émancipation douloureuse et un véritable choc, culturel et existentiel. Sombre et très perturbant. Pour ceux qui ont le cœur bien accroché.

My Absolute Darling de Gabriel Tallent. Gallmeister. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski

 

El Edén d‘Eduardo Antonio Parra est un roman noir terriblement réaliste, on l’on vit une guérilla, de l’intérieur, en apnée. El Edén c'est une petite ville tranquille au nord du Mexique, posée sur la frontière. La vie y est plutôt douce jusqu’au jour où s’y implantent des narcotrafiquants. Rackets, embuscades, exécutions sommaires se multiplient… Une nuit, tout dégénère. Huit ans plus tard, deux rescapés se souviennent. Effroyable et nécessaire.

El Edén (Labirento, 2018), d’Eduardo Antonio Parra. Zulma (2021). Traduit de l’espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo.

 

Traverser la Nuit est une quintessence de roman noir qui saisit l’obscurité du monde et nous la restitue sans y mettre les formes. Écrit par Hervé Le Corre, l'une des plus belles voix du polar français contemporain. Une femme victime de violences, un tueur aux pulsions incontrôlables, un flic à la dérive. Des destins qui finissent par se croiser dans une ville, Bordeaux, pluvieuse et déprimante. Un récit qui se pose du côté des perdants, dans un style ciselé, sans pathos mais avec une réelle empathie. 

Traverser la Nuit (2021) de Hervé Le Corre. Rivages Noir.

 

Des femmes puissantes

Des nouvelles séries à la pelle en 2021… Pas que du bon. Sélection tout à fait arbitraire. Et féministe. J'assume. 

S’il ne devait en rester qu’une : Mare of Eastown. Une série US où Mare Sheehan (touchante Kate Winslet), bourrue, un poil dépressive, et parfaitement déterminés, enquête sur des disparitions de jeunes femmes dans une ville lambda de Pennsylvanie où tout le monde connait tout le monde. Une mini-série efficace, rythmée avec une touche d’humour désabusé tout à fait réjouissant. 

Mare of Easttown, série créée par Brad Ingelsby (EU, 2021, 7 x 60 min).

 

Laia est une autre femme forte confrontée à un monde d’hommes dans Antidisturbios. Une série en immersion conçue et réalisée par Rodrigo Sorogoyen et sa complice Isabel Peña, tous deux déjà auteurs des magnifiques films, sombres et troublants, Que Dios nos perdone (2016), El Reino (2018) et Madre (2020). Le portrait réaliste d’un métier ingrat et méconnu, celui de policier anti-émeute. Et la dénonciation des dysfonctionnements d’un système politico-judiciaire espagnol plus que douteux.

Antidisturbios, série créée par Rodrigo Sorogoyen (Espagne, 2021, 6 x 50 min).

Des mondes en blanc et noir 

Deux romans graphiques magnifiques où les deux nuances se répondent dans de somptueux contrastes que traversent de rares tâches de couleurs.

 

L’entaille est une première BD, intense, inspirée de teen movies tirant vers l’horreur. Une ville fictive en bord de mer, inspirée de la Californie, dont la tranquillité est soudainement rompue par l’arrivée d’un tueur en série. Le quotidien d’un groupe d’adolescents s’en trouve bouleversé. Si chacun veut préserver l’illusion d’une éternelle légèreté, le mal est pourtant bien là. Un très beau roman graphique sur le mal-être adolescent déguisé en tueur. À partir de 15 ans. 

L’entaille d’Antoine Maillard (2021), Ed. Cornélius.

Moi, menteur est un portrait au vitriol du monde politique (espagnol) découvert à travers le personnage du brillant conseiller en communication du PDP, le parti gouvernemental. Une belle petite ordure qui sait manier le verbe comme personne pour couvrir toutes les malversations nécessaires à l’exercice du pouvoir. Tout est sous contrôle jusqu’au jour où trois conseillers, sur le point de cracher le morceau, sont assassinés…  Un récit dense, conçu avec cynisme mais non sans humour, qui vient conclure la fantastique Trilogie du Moi consacrée aux classes dirigeantes et qui peut se lire indépendamment des précédents opus : Moi, assassin (2014) et Moi, fou (2018). 

Moi, menteur (Yo, mentiroso, 2021) d’Antonio Altarriba (Scénario) et Keko (Dessin). Traduit de l’espagnol par Alexandra Carrasco. Ed. Denoël Graphic

Ciné-club en famille :
Jingle bells

Attention flashback et demi-tour sur notre thème de Ciné-club. On ne présente plus (ou si peu) le premier (et le plus rigoureux) de la tétralogie Die Hard, Piège de Cristal, devenu un classique du film d’action (de qualité). John McClane, policier à New York, rejoint sa femme à Los Angeles le 24 décembre, pour célébrer Noël en famille. Des mercenaires vont venir gâcher la fête. Un film d’action qui a redoré le blason du genre. Avec le crâne rasé le plus drôle et sexy d’Hollywood (en 1988 tout du moins). Un divertissement parfaitement maîtrisé, qui fait passer un excellent moment en famille. Entre rire et tension. Dès 10 ans.

Piège de Cristal (Die Hard, EU, 1988). Film réalisé par John McTiernan. 2h12. Avec Bruce Willis, Alan Rickman, Bonni Bedelia, Alexander Godunov. Couleur. 

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