LES GENS DES COLLINES, de Chris Offutt

Livre
Bien
Très bien
Un Must
La loi du talion

Le pitch

Depuis quatorze ans dans l’armée, où il est devenu enquêteur, Mick Hardin revient pour une permission dans ses collines natales du Kentucky où tout le monde est cousin, où la norme consiste à avoir un flingue, un chien et un pick-up, pour constater que son mariage a du plomb dans l’aile. C’est alors que sa sœur Linda, première femme shérif du comté, vient solliciter son aide sur une affaire de meurtre. Il accepte son rôle d’adjoint officieux pour éviter un déchaînement de violence entre gens des collines qui ont tendance à rendre justice eux-mêmes.

Un magnifique roman noir sur les us et coutumes de ces habitants silencieux et modestes, âpres et violents, sujets aux vendettas sanguinaires, retranchés dans les collines du Kentucky du berceau à la tombe. Une remarquable déambulation dans une ruralité brute. Le premier volet d’une trilogie avec Mick Hardin. Voilà une belle occasion de se réjouir.

Pourquoi je vous le conseille ?

Car Chris Offutt connaît par cœur les collines du Kentucky dont il est originaire, et arrive à nous rendre séduisants ses habitants taiseux, durs-à-cuire et complexes. Car il les regarde avec lucidité et tendresse. Parce que sous couvert d’une intrigue policière, c’est la vieille culture des collines, ses codes d’un autre âge, ses communautés recluses, qui sont au cœur du roman. Pour Mick Hardin, vétéran, apatride, un héros franc et complexe tel qu’on les aime. Pour la qualité littéraire du texte qui n’en fait jamais trop, où la violence côtoie une poésie certaine. Car Chris Offutt, avec l’immense talent qui est le sien, creuse le sillon de cette obsession qui est la matière de son œuvre entière : dire la manière dont on appartient à des lieux plus qu’ils nous appartiennent, dont on est l’élément d’une communauté qui nous façonne, nous protège et nous contraint. C’est tragiquement beau.

 LA FAMILLE AVANT TOUT. Revenu en permission pour voir sa femme, Mick va se retrouver à donner un coup de main à sa sœur, shérif du comté, pour résoudre un meurtre. La victime appartient à l’une des plus anciennes familles qui habitent les collines. Et l’honneur veut que chaque crime soit vengé personnellement par ceux qui ont subi l’affront. Les histoires de famille sont une constante dans les romans de Chris Offutt comme le prouve ce nouvel opus, premier d’une trilogie à venir. Dans les collines, certaines fratries s’entraident. D’autres s’entretuent et se vengent. Toutes forment des clans qui se soutiennent mais aussi se surveillent. Des gens taiseux, repliés sur leur territoire, leurs maisons isolées les unes des autres. Des gens rudes, méfiants à l’égard des étrangers. Des gens attachés (ligotés ?) à la lignée dont ils font partie.

POUR MICK. Le vétéran, l’honnête homme au cœur blessé qui n’est plus chez lui nulle part. Ni dans sa maison, ni dans la vieille cabane de son enfance, ni en Europe où il est basé. On va le suivre dans son combat contre des lois communautaires ancestrales de vengeance familiale qui dépassent la loi et l’ordre, mais qu’il connaît parfaitement puisqu’il appartient à cette communauté qu’il a quittée pour mieux y revenir.  Avec une formidable économie de moyens, chaque mot pesé avec soin, l’auteur fait sentir le désarroi de cet homme en crise. Terriblement attachant.

POUR LE STYLE, ÉCONOME ET POÉTIQUE. Les Gens des Collines est d’une qualité littéraire indéniable où les contraires se mêlent de manière bouleversante. La noirceur et la lumière, la rudesse et la tendresse, le sordide et la poésie. Il rend aussi bien la beauté de la nature que la violence du monde comme en témoigne la scène d’ouverture où la tragédie se mêle à une forme de beauté quand un vieil homme parti chercher du ginseng dans un vallon isolé trouve le cadavre d’une femme : « Le ginseng se repiquait mal, mais ça valait mieux que de le laisser se faire piétiner par tous les gens qui allaient venir enlever le corps. C’était un joli coin pour mourir. » C’est que l’écriture de Chris Offutt est une merveille d’épure. Le romancier et nouvelliste pèse ses mots avec économie pour ne dire que l’essentiel dans un style à la fois discret, subtil et évocateur. Sans excès et pourtant charnel. S’ajoute un art du trait, du portrait en quelques lignes, qui placent décidément Chris Offutt dans la cour des grands.

Partager :
FacebookTwitterEmail

La fiche

Auteur(s) :

Titre français :

Titre original :

Date de publication originale :

Date de publication en France :

Éditeur :

Traduction :

Si vous avez aimé, découvrez du même auteur

Chris Offutt naît en 1958 et grandit dans le Kentucky, sur les contreforts des Appalaches, au sein d’une ancienne communauté minière. Il est issu d’une famille d’ouvriers. Une fois son diplôme en poche, il entreprend un voyage en stop à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre.

En 1992, il publie un premier recueil de nouvelles, Kentucky Straight, qui est encensé par Jim Harrison, James Salter et Larry Brown. Cet ouvrage est suivi en 1997 par Le Bon Frère, son premier roman.

Pendant les vingt années suivantes, Chirs Offut délaisse la littérature pour le cinéma. Il travaille à Hollywood, où il est scénariste de plusieurs séries télévisées, parmi lesquelles True Blood et Weeds. Il revient au roman avec Nuits Appalaches. Il est également l’auteur de chroniques parues dans de nombreuses revues et journaux, dont le New York Times et Esquire.

Il vit aujourd’hui dans le Mississippi sur une vaste propriété isolée, et partage son temps entre l’enseignement, l’écriture et le jardinage. (Source Gallmeister)

Kentucky Straight (1992). Traduit de l‘américain par Anatole Pons-Reumaux. (Gallmeister, 2018). Neuf histoires de mineurs et de sorciers, de joueurs et de cultivateurs de marijuana, des contes tragiques et étranges enracinés dans le réel. Le Kentucky est vu et raconté sans le vernis de la nostalgie : une petite communauté anonyme des Appalaches, trop petite pour être qualifiée de ville, un endroit où réclamer une éducation scolaire est la marque d’une arrogance impie et chercher de l’eau avec une baguette de coudrier, une occupation normale et légitime ; où chasser n’est pas un sport mais un moyen de survie.

 Le Bon Frère (The Good Brother, 1997). Traduit de l’américain par Fred Michalski (Gallimard, « La Noire », 2000 ; Réédition Gallmeister, « Totem, 2018). Dans ses collines du Kentucky, Virgil mène une existence paisible, entouré par les bois qu’il affectionne tant. Il peut à tout instant s’y enfoncer et trouver la sérénité dont il a besoin. Mais quand son frère aîné Boyd, la tête brûlée de la famille, est assassiné, Virgil doit faire face à une décision impossible. Dans les Appalaches, le sang est vengé par le sang. Et puisque tout le monde sait qui a tué Boyd, on attend la riposte de Virgil. Quelle que soit la direction qu’il choisira, sa vie en sera à jamais bouleversée. Un formidable roman sur la liberté, qui éclaire d’une lumière nouvelle la notion de frontière dans l’Ouest américain contemporain, des vallons du Kentucky aux rivières du Montana.

 Sortis des Bois (Out of the woods, 1999). Traduit de l‘américain par Anatole Pons-Reumaux (Gallmeister, 2021) Le déracinement, la route, l’errance, comme une part de l’identité de l’Amérique profonde. Huit histoires de petites gens du Sud qui survivent de leur mieux, entre jobs précaires et bouteille, violence quotidienne et solitude, espoir et résignation. Le portrait saisissant d’un univers dont la rudesse exprime une sensibilité à fleur de peau, par l’auteur du magnifique Nuits Appalaches.

 Nuits Appalaches (Country Dark, 2018). Traduit de l‘américain par Anatole Pons-Reumaux (Gallmeister, 2019). Prix Mystère de la critique 2020. Grand Prix du Roman Noir Étranger du festival de Beaune 2020. À la fin de la guerre de Corée, Tucker, jeune vétéran de dix-huit ans, est de retour dans son Kentucky natal. En stop et à pied, il rentre chez lui à travers les collines, et la nuit noire des Appalaches apaise la violence de ses souvenirs. Une histoire amorale de détermination, de vengeance et de rédemption.