Quoi de neuf ?

Le 30 septembre 2022

Pour beaucoup d’entre nous, le mois de septembre ressemble à s’y méprendre au 1er janvier des cartables. Stylos 4 couleurs flambant neufs. Cahiers bien ordonnés. To do list au cordeau. Dans les starting-blocks pour la course de la rentrée (enclenchée parfois à reculons, on va pas se mentir), on se sent motivés par une irrésistible envie de nouveautés, de vent frais, de nouvelles cartes sur table. Encore requinqués par les discussions au rosé sur fond de doigts de pied en éventail. Portés par les bonnes intentions d’amorcer des changements salutaires, pas plus tard que maintenant.

Pourtant dès ce 30 septembre, la routine se réinstalle, l’actualité déprime, le jus vient à manquer, l’horizon se rétrécit. La déprime nous guette. On a eu le temps de rien. Les mots de passe d’École Directe (ou équivalent) ont déjà été perdus 10 fois. Et l’envie de bazarder le réveil (et les enfants avec) se fait chaque matin plus pressante. STOP ! Il est temps de se reprogrammer en mode enthousiaste, de retrouver l’envie à coup de sang neuf. Histoire de retrouver la voie de l’humour et de la lumière.

Mais y a-t-il du nouveau? Je serais tentée de partager avec vous mes questionnements sur une certaine dialectique hégelienne (merci Freddy pour ton debrief des soirées de la philo) de la progression de la connaissance, où chaque étape est nécessaire à la suivante qui ne saurait exister sans la précédente… Plus sérieusement et à ma portée, je vous livre certaines œuvres qui se sont avérées de bien belles surprises, pour tous les âges, pour tous les goûts. Pour repartir du bon pied. 

Ready, steady, GO !

Laetitia

Fantastique !

C’est le point commun de ces romans noirs de la rentrée qui flirtent avec le surnaturel. L’imagination au pouvoir, sans outrance. Laissez-vous guider. 

Un premier roman d’une grande maîtrise. Une chronique de la vie des gardiens d’un phare et l’enquête sur leur disparition impossible. Le choix du décor – le Maiden Rock, un phare de pleine mer érigé au large des côtes brumeuses de Cornouailles – n’est pas le moindre des atouts de ce récit policier original qui brasse les hypothèses et les points de vue avant de nous laisser à notre propre analyse. Une belle histoire, documentée, qui ne manque pas de souffle, ni d’imagination. Un roman à énigme sur la nature humaine qui nous ferait croire aux fantômes...

Les gardiens du phare (The Lamplighters, 2021), d’Emma Stonex. Traduit de l’anglais par Emmanuelle Aronson, éd. Stock, 2022.

Rester humain. Il y a quelque chose d’une parabole dans cette œuvre qui, comme toutes celles de Sandrine Collette, questionne la frontière entre humanité et bestialité. Ici dans un texte ramassé, d’une écriture serrée, poétique et sèche, presque vide de ponctuation. Naît-on humain ? Naît-on père ?  Un homme en marge de la société, vivant dans une région de montagne reculée, contraint de s'occuper seul de son petit garçon après la mort tragique de sa compagne, entame un long voyage à cheval avec son fils. Il raconte dans un monologue ininterrompu son combat intérieur, féroce jusqu’à l’innommable. Un roman d’apprentissage qui se dévore comme un thriller.

On était des loups, de Sandrine Collette, éd. JC Lattès, 2022.

Place aux jeunes

La rentrée des classes n’empêche de prendre plaisir à lire ! La preuve en est faite par deux auteurs jeunesse talentueux qui n’en sont pas à leur premier coup d’essai. 

Vous avez peut-être déjà rencontré Jefferson Bouchard de la Poterie en 2018 (Jefferson, Gallimard Jeunesse) ? Cet animal stylé, malin, capable d’égarements existentiels ? Cette deuxième fable policière, gorgée de rebondissements, de traits d’humour et de finesse, est tout aussi recommandable que la première. Le hérisson fûté reprend du service avec son copain Gilbert, pour partir sur les traces d’une jeune lapine dépressive, disparue dans de mystérieuses conditions. Et si l’histoire donne à réfléchir à nos jeunes esprits en formation, elle n’est à aucun moment moralisatrice. Un petit bijou plein de fantaisie, vif, tendre et merveilleux. Un enchantement, dès 8 ans.

Jefferson fait de son mieux, de Jean-Claude Mourlevat. Illustré par Antoine Ronzon, Gallimard Jeunesse, 2022.

Rewind est un roman d’aventure autant qu’une fine étude psychologique sur le passage délicat de l’adolescence. Un frère et une sœur, jeunes lycéens, apprennent la mort de leur mère, victime d’un accident. Un drame qui fait écho à celui de leur père, mort à l’occasion d’une sortie en plongée, quand ils avaient 6 et 7 ans. Or certaines zones grises laissent à penser qu’on leur cache la vérité. Pascal Ruter a l’art des phrases courtes et bien senties qui rythment l’action et maintiennent le suspense. Non sans une bonne dose d’humour qui affine le grain des personnages pour leur offrir ce supplément d’âme. Un second degré qui fait toute la différence et nous rend toute cette histoire un peu plus inoubliable. Formidable  dès 12 ans.

Rewind, de Pascal Ruter, éd. Didier Jeunesse. 2022.

O.V.N.I.  

Les papillons noirs, mini-série made in Arte, est un O.V.N.I. télévisuel, tellement malsain qu’il en devient fascinant. Remarquablement filmée, elle convoque une multitude de narrations et de points de vue. Parmi ses particularités : un ton macabrement romantique, une esthétique ultra pop et déjantée, un scénario complexe et trouble … Adrien, 40 ans, écrivain tourmenté en mal d’inspiration, est contacté par Albert, un vieil homme au crépuscule de sa vie qui lui de demande d’écrire ses Mémoires. Celles de sa passion amoureuse avec Solange, dans la France yéyé des années 1970.  Débute alors pour l’auteur un surprenant voyage vers lui-même.  Absolument gore et psychédélique. Un objet sensuel, dérangeant et violent, porté par des acteurs inspirés et justes. Un divertissement radical et transgressif (que je déconseillerais aux -16 ans).

Les Papillons Noirs, une mini-série d’Oliver Abbou et Bruno Merle (6 X 50 min), 2022. Avec Nicolas Duvauchelle, Niels Arestrup, Axel Granberger, Alyzée Costes, Brigitte Catillon, Henny Reents, Alice Belaïdi, Sami Bouajila. Sur Arte.

Que de talents !

Septembre 2002, une bien belle vendange pour les amateurs de BD. Je vous soumets une première sélection de grands crus parmi de jeunes pousses prometteuses.  

« Depuis 2016, j’entretiens une correspondance avec Renaldo McGirth. En 2019, nous avons eu l’idée de réaliser un récit graphique racontant notre rencontre et notre amitié. Vous tenez entre les mains le fruit de notre travail. » écrit en préambule de Perpendiculaire au soleil son autrice Valentine Cuny-Le Callet. Renaldo McGirth, condamné à mort, est incarcéré depuis plus de 10 ans en Floride. Dans l'attente... Au fil de leurs lettres, des images qu’ils s’échangent, des rares visites, naît le récit graphique de leurs vies parallèles. Ils se racontent le monde, les soucis du quotidien et leur passion pour l’art, le dessin, la musique. Tout en questionnant avec une intense émotion et beaucoup d’humanité la brutalité d’un système carcéral, et l’amitié qui surgit, depuis une cellule de 5m2. Dans un graphisme d’une richesse inouïe. Une œuvre totale, pas loin d’être indispensable.

Perpendiculaire au soleil, de Valentine Cuny-Le Callet, éd. Delcourt, coll. Encrages, 2022. D’après son propre essai, Le monde dans 5 m2, Stock, 2020.

« On connaît tout de son autopsie, mais, de sa vie, pas grand-chose. » Florent Maudoux et Run retracent la vie - et plus particulièrement les trois derniers mois - d’Elizabeth Short, alias le Dahlia Noir, jeune femme de 22 ans, dont le corps mutilé a été retrouvé, le 15 janvier 1947, sur un terrain vague de Los Angeles. A short Story offre un retour réussi sur l’un des « cold cases » les plus fascinants de l’histoire des États-Unis. C’est que la victime, aussi belle que mystérieuse, révélait à elle seule une L.A. des années 1940 qui, derrière les fastes du glamour hollywoodien, s’avérait pourrie jusqu'à la moëlle. Un album hybride d’une grande richesse iconographique, touffu, quasi-documentaire, fruit d’une longue et minutieuse enquête soucieuse de rendre justice à cette figure noire de l’Amérique. Pour rendre à Elizabeth une image plus humaine et, sans doute, plus conforme à la réalité. Un objectif digne et louable, accompli avec délicatesse. Un format généreux et une réalisation particulièrement soignée finissent de faire de cette BD un objet unique et précieux..

A Short Story. La véritable histoire du Dahlia Noir, de Run (scénario) et Florent Maudoux (dessin et illustrations), éd. Rue de Sèvres, Label 619. 2022

Recette de Famille est un album inclassable, au graphisme peu conventionnel, voire déstabilisant à l’attaque des premières planches aux couleurs vives rehaussées par de l’aquarelle. Deux frères quittent leur austère petite île écossaise pour se lancer à l’assaut de la capitale londonienne. L’un, Rowan, cultive des légumes bio. L’autre, Tulip, sait l’art de cuisiner des produits sains qui font du bien au corps et à l’âme. Et c’est alors que le chouette roman gastronomique tourne vinaigre pour devenir une satire sur la nature humaine et sa soif de pouvoir, de richesse, de reconnaissance. Au mépris de toute morale. Inventif, surprenant et gourmand. Une jolie surprise et une expérience à tenter. Par un jeune auteur britannique à suivre.

Recette de famille, de James Albon (Scénario, Dessin, Couleurs), éd. Glénat, 2022.

Ciné-club en famille 

Pour bien attaquer la rentrée, je vous encouragerais fortement à (re)voir Les disparus de Saint-Agil, le premier grand film de Christian-Jaque (L’Assassinat du Père Noël, Fanfan la Tulipe, La Tulipe Noire). Un film délicieux qui nous renvoie, éternellement, à cet émerveillement que procurent les contes pour enfants, sans mièvrerie ni poncifs. Or c’est une performance tout à fait rare de parvenir à réaliser un film adulte sur l’enfance. À Saint-Agil, trois élèves ont fondé une société secrète : les Chiche-Capons. Ils préparent dans la plus grande discrétion leur départ en Amérique. Or, l’un d’eux disparait soudainement, prélude à une série d’événements mystérieux qui vont survenir au pensionnat. Un petit bijou dont je ne citerais que les principaux atouts : force du scénario, qualité de la mise en scène, casting 5 étoiles, des dialogues de Prévert savoureux. « C'est pas marrant d'avoir quelqu'un qui lise derrière votre dos, surtout quand c'est quelqu'un qui sait pas lire ! ». Un classique absolument indémodable. Dès 7/8 ans.

Les disparus de Saint-Agil, film français de Christian-Jaque, 1938. 1h40. Scénario de Jacques Prévert et Jean-Henri Blanchon. D'après l'œuvre de Pierre Véry. Avec Erich Von Stroheim, Michel Simon, Aime Clariond, Armand Bernard, Marcel Mouloudji, Serge Grave, Robert Le Vigan. Noir et Blanc.

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