Chercher la femme

Le 19 novembre 2021

Victime, fatale, garce, vénale, transparente… La femme a longtemps été le parent pauvre du polar. Soit proie facile facilement bernée. Soit simple incarnation d’un rôle domestique où elle fut longtemps cantonnée. Soit forcément malfaisante et scandaleuse, menant l’homme à sa perte, dès lors qu’elle sortait du cadre. Ces stéréotypes hérités des années 40/50, selon lesquels la femme n’avait aucun pouvoir sinon celui de séduire et/ou nuire, ont fini par se tarir pour progressivement laisser la place à des femmes plus complexes, émancipées voire puissantes, épousant les évolutions de la société. Dans cette news #3, j’évoque une poignée de figures féminines de l'univers du polar pour lesquelles j’ai une tendresse toute particulière. Le champ des possibles était immense… Gilda, Cora, Rebecca, Thelma, Nikita, Lula… Il a fallu choisir. Je vous livre donc en pâture une sélection totalement subjective (et donc discutable) de 4 héroïnes à mes yeux remarquables. Vous m'en direz des nouvelles. Bonne lecture !

Laetitia

Laura

Qui a tué Laura Hunt ? Une femme est retrouvée morte dans les quartiers chics de Manhattan. L’inspecteur McPherson, hanté par le portrait de la victime, mène l’enquête. Un film noir culte où Gene Tierney, au sommet de sa beauté, incarne une héroïne fascinante, quasi irréelle. Qui est Laura ? Telle est la vraie question que pose le film qui se joue de la symbolique de la femme fatale, ce cliché réinventé ici pour devenir insaisissable. Incontournable. Dès 10 ans.

Laura (Etats-Unis, 1994). Film réalisé par Otto Preminger. D'après le roman éponyme de Vera Caspary. 1h28. Noir et blanc.

https://video-a-la-demande.orange.fr/film/MEDECINDENUW0172125/medecin-de-nuit

Gloria 

New York au crépuscule des années 70. Une ex-danseuse se voit confier la protection d’un gamin poursuivi par la Pègre. Gloria, c’est Gena Rowlands dirigée par son mari John Cassavetes. Une femme magnifique, pugnace et ambiguë, paniquée mais volontaire, qui se démène dans un New York inquiétant, grouillant, banalement quotidien. Cette héroïne dure, tendre et tenace, à la Barbara Stanwyck, seule et prête à défier le monde, inspirera bien des Tarantino et autres Besson. Un chef d’œuvre.

Gloria (Etats-Unis, 1980). Réalisé par John Cassavetes. 2h03. En couleur. Avec Gena Rowlands, John Adames, Buck Henry.

Marcella

Dans une Londres aux couleurs glaciales. Marcella, une ex-flic, fragile, obsessionnelle et frappée de crises d’amnésie, reprend du service pour arrêter un serial killer. À la fois témoin, enquêtrice et suspect, à la poursuite d’un tueur et d’elle-même, Marcella a la fâcheuse manie de perdre les pédales sous l'effet du stress, jusqu'à basculer dans l'illégalité. Si cette série, imaginée par le créateur suédois de Bron-Broen / The Bridge, n’arrive pas à égaler son illustre aînée du fait de certains errances scénaristiques, elle tient cependant son rang par la grâce de son actrice Anna Friel, parfaite dans ce rôle aussi ambigu qu'attachant.

Marcella, série créée par Hans Rosenfeldt et Nicola Larder (GB, 3 saisons depuis 2016, 24 épisodes de 45 min). Avec Anna Friel, Ray Panthaki, Nicholas Pinnock. Une série originale Netflix.

Sylvia

Un riche homme d’affaire américain engage le privé Alan MacKlin pour reconstituer le passé (mystérieux, vous l’aurez compris) de Sylvia West, la jeune femme qu’il souhaite épouser. Pour y parvenir, MacKlin dispose d'une photo, d'une carte manuscrite et d'un recueil de poèmes (pas gagné...). Un portrait de femme impressionniste par un détective sous le charme. Un petit bijou.

Sylvia (1960), de Howard Fast. Traduit de l'anglais (américain) par Lucile Du Veyrier. Editions Rivages / Noir (1990).

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Ciné-club en famille :
Aux beaux jours de la Prohibition

Troisième film de notre cycle, Scarface (1932), l’original, tourné par Howard Hawks en 11 jours. Un film d’une grande modernité, d’après le roman d’Armitage Trail, inspiré de la vie d’Al Capone, revu à la sauce Borgia. Une violence inédite au cinéma, inspirée des rues ensanglantées de Chicago. Et sans leçons de morale. La censure a laissé passer ce chef d’œuvre et on s’en réjouit. Dès 12 ans. (un poil ambitieux, mais qui vaut tellement la peine).

Un indice chez vous : repérez tous les « X » présents à l’image et cliquez sur le bouton Lire l'article si la maison du polar pour en découvrir la signification. Dès 12 ans.

Scarface (Etats-Unis, 1932), réalisé par Howard Hawks. 1h32. Noir et blanc. Avec Paul Muni, George Raft, Ann Dvorak, Karen Morlay.

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