LE LAC AUX OIES SAUVAGES, de Diao Yinan

Film
Bien
Très bien
Un Must
Qui perd gagne

Le pitch

Cavale de la dernière chance qui lie un chef de gang à une prostituée. Un film d’une élégance esthétique folle, au service d’une intrigue sinueuse et mélancolique. Une très grande maîtrise scénaristique et formelle qui confirme le grand talent de Diao Yinan, fer de lance du cinéma d’auteur chinois actuel.

Pourquoi je vous le conseille ?

Car ce film somptueux, à la beauté formelle stupéfiante, s’inscrit dans cette lignée de films chinois qui cultivent une fascination pour le chaos et le délabrement contemporains. Car c’est un film noir qui aspire à renouveler le genre. Parce qu’on y retrouve le rythme si spécifique au cinéma d’auteur asiatique où des éclairs de violence viennent bousculer un rythme plutôt contemplatif.

UNE MISE EN SCÈNE VIRTUOSE. Diao Yinan a l’art de créer des ambiances singulières et mélancoliques par l’esthétique raffinée qui se dégage de chaque plan. Non sans évoquer le cinéma de Wong Kar-wai, dans sa forme. Ainsi, une obscurité têtue s’impose dans ce film immergé en quasi-totalité dans un univers nocturne, pluvieux, poisseux. Les personnages maltraités par les éléments n’en apparaissent que plus démunis dans la nuit qui héberge une vaste partie de cache-cache mortel où le metteur en scène déploie tout son savoir-faire. Des fusillades filmées comme des ballets. Des constants jeux de couleurs, d’ombres et de lumières expressionnistes. Des cadrages pensés comme des œuvres d’art. Sans oublier quelques scènes fulgurantes qui renvoient aux films d’action asiatiques qui, sans faire dans la dentelle, font preuve d’une réelle créativité en matière de manifestation de la violence (cf la scène du parapluie… vous m’en direz des nouvelles…)

SOLIDAIRES ET DÉFIANTS. L’intrigue sinueuse de ce film noir se situe dans la veine du film de cavale. Un jeu trouble de manipulations qui emprunte aux codes classiques du genre. Y compris l’ambiguïté qui préside à la relation entre ce chef de gang et cette prostituée, tous deux aux abois, qui nous placent dans une indécision permanente quant à leurs intentions. Un entre deux inconfortable qui questionne les notions d’honneur, de fidélité, de corruptibilité. Tous deux se retrouvent coincés dans une fuite éperdue dont il est la cible alors qu’elle pourrait bénéficier de sa mort en empochant la somme rondelette promise pour sa capture. Unis et dissociés. Ensemble et pourtant séparés dans cette chasse à l’homme âpre et sans merci. Joués par deux magnifiques acteurs. Hu Ge en mauvais garçon repenti et laconique, Gwei Lun Mei en prostituée insaisissable.

UNE CHINE CONTEMPORAINE FASCINANTE. Pas folichonne l’image que l’on se fait de cette immense ville de Wuhan plongée dans l’obscurité et le chaos. Représentative d’un pays envahi de poubelles, gangréné par les trahisons, le vice et le pouvoir. Un lac transformé en zone de non-droit où l’on dérive dans la brume, sans visibilité. Des courses poursuites dans des bas-fonds, véritables dédales de ruelles sordides. Un zoo improbable. Une Chine contemporaine, grouillante de vie et de vice, où l’on apprend à voler des scooters et à danser en rythme sur « Genghis Kahn» de Boney M. Une société où les flics comme les truands n’hésitent pas à dézinguer quelques civils innocents à l’occasion de quelques de scènes de poursuites d’anthologie. Toutes ces scènes d’une grande noirceur filmées avec une élégance rare illustrent à leur manière la beauté d’une culture millénaire dans une Chine contemporaine gangrénée par l’argent, la pègre et la corruption.

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La fiche

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