LES LIONS SONT MORTS, de Mick Herron

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Nid d'espions

Le pitch

Des espions mis au rebut s’intéressent à un fait divers apparemment anodin : la mort par crise cardiaque, dans un bus, de Dickie Bowe, un pauvre hère solitaire et alcoolique. Seul élément notable, Dickie était un (ex)espion, au bon vieux temps de la Guerre Froide. Le chef des tocards – l’ignoble Jackson Lamb – décide de creuser la piste de l’apparent décès accidentel. Un roman d’espionnage au grand sens de l’humour et de l’action. Deuxième volet d’une série initiée avec La Maison des tocards, où, sans gadgets ni clichés, Mick Herron y régénère avec brio le roman d’espionnage.

Pourquoi je vous le conseille ?

Car on suit avec bonheur les aventures d’une équipe de pieds niquelés sympathiques, menées à coups de mensonges, manipulations et faux semblants, comme se doit tout bon roman d’espionnage. Et c’en est un. Pour la galerie de personnages savoureux. Car c’est vraiment drôle, admirablement écrit. Un très grand plaisir de lecture.

UN ROMAN D’ESPIONNAGE, UN VRAI. L’action est soutenue, les références à l’actualité et à l’Histoire nombreuses, les rebondissements et manipulations multiples et variés. Ici un oligarque véreux, là un politicien anglais à la street. Sans oublier des coups de canif à certaines sociétés occidentales devenues trop cyniques. On se laisse totalement embarquer dans les tours et détours d’une intrigue tout à fait prenante. D’autant que Herron le malicieux nous donne à entendre à chaque chapitre la voix de l’un des différents protagonistes, nous laissant dans une vision parcellaire de la situation. Une vraie réussite.

UN HUMOUR BRITISH, plus ou moins fin et grinçant selon les contextes, mais qui toujours fait mouche, est la caractéristique de cette plume littéraire britannique. Il est rare de trouver dans un roman ce juste équilibre entre une trame narrative riche et une drôlerie second degré permanente. D’autant plus quand il s’agit de naviguer dans le cadre normé du roman d’espionnage. Herron trouve cette ligne de crète ; une filiation John le Carré revue à la sauce Donald Westlake.  Un magnifique travail où la menace, réelle et palpable, est fort bien associée à toutes les nuances de la comédie.

S’agissant d’un interrogatoire. « Quand il eut fini, il sortit un paquet de cigarettes sans marque, épaisses, sans filtre, mortelle. Un avertissement sanitaire aurait eu la même subtilité que les sous-titres sur un film pornographique. »

S’agissant d’une filature, vélo contre voiture. « À Londres, le Code de la route s’applique selon un barème précis : pour les automobilistes, c’est une règle ; pour les taxis, une indication ; pour les cyclistes, un inconvénient mineur. »

DES PARIAS MAGNIFIQUES. L’un a oublié un document ultrasensible dans le métro dont le contenu a fait les gros titres des journaux. L’autre a bloqué la gare de King’s Cross lors d’une mission d’entraînement. Tous ont commis d’énormes bourdes qui les ont conduits de Regent’s Park (MI5) au placard de Slough House où ils écoulent des jours longs et pénibles à s’occuper de tâches abrutissantes, dans l’espoir (vain) de leur hiérarchie à les voir démissionner de leur propre chef. C’est dire si nos losers sont irrépressiblement attirés par la moindre lumière susceptible de les faire replonger dans l’action, la vraie. La fine équipe se lance alors à droite et à gauche dans de bizarres opérations secrètes, plus ou moins couronnées de succès. Quel bonheur de se laisser séduire par des personnages rendus si sympathiques grâce à leurs défauts. À leur tête, Jackson Lamb. Un monument. Pétomane, crasseux, obèse, retos, despote. Avec un sens exceptionnel de la répartie (hargneuse). On ne peut s’empêcher de l’adorer.

« Il ne lui était pas difficile de se faire passer pour un universitaire, avec ses épaules couvertes de pellicules, son pull à col en V taché de nourriture à emporter qui avait raté sa cible et ses manches de chemise froissées qui pointaient de son manteau. Il était en surpoids, sans doute à force de rester assis dans les bibliothèques, et ses rares cheveux blond cendré étaient ramené sur le sommet de son crâne. La barbe qui parsemait ses joues trahissait la paresse et non le style… »

« Tandis que le convoi s’éloignant, Lamb vit la jolie jeune femme le fusiller du regard par un fenêtre. Il péta en silence pour toute réponse : une victoire solitaire mais satisfaisante. »

Irrésistible on vous dit.

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Dans la même série où l’on retrouve nos espions placardisés, d’autres romans qui peuvent se lire les uns indépendamment des autres. Tous ne sont pas traduits.

Le premier volet : La maison des tocards (Slow horses, 2010), Presses de la cité (2012), traduit de l’anglais par Samuel Sfez.

Non encore traduits masi dispos en anglais.

  • The List (2015)
  • Real Tigers (2016)
  • Spook Street (2017)
  • London Rules (2018)
  • Joe Country, (2019)
  • Slough House (2021)

Autres :   Agent hostile (Nobody walks, 2015), Actes Sud (2020). Traduit de l’anglais par Thomas Luchier.

À découvrir ailleurs, dans la même ambiance

La filiation John Le Carré est bien sûr évidente. Incontournable pour tous les amateurs d’espionnage.

Idem pour Henry Porter.