LES GENS DE BILBAO NAISSENT OÙ ILS VEULENT, de Maria Larrea

Livre
Bien
Très bien
Un Must
Fille de personne

Le pitch

Qu’est-ce qu’une famille ? Devenir mère, être père, ça veut dire quoi ? L’instinct maternel est-il inné ou acquis ? L’autrice, la tumultueuse et talentueuse Maria Larrea, apporte des réponses à la fois cruelles et réjouissantes à ces questions-là. Dans cette fiction autobiographique, elle part à la recherche de ses racines espagnoles alors qu’elle apprend sur le tard qu’elle a été adoptée. Et pour comprendre de qui elle est la fille, Maria va enquêter et revenir là où tout a débuté, à Bilbao. Ça commence comme un conte noir et ça se termine par une enquête obsessionnelle, menée par une pétroleuse. Un récit flamboyant, entre le rire et les larmes. Pas de doute, une autrice est née.

Pourquoi je vous le conseille ?

Car c’est un roman déroutant, plein d’énergie, bouleversant, qui saisit dès les premières pages. Pour le titre énigmatique (expliqué plus bas). Parce que Maria Larrea reconstitue le puzzle de sa mémoire familiale avec maestria, un sens de la narration qui mêle l’humour et le tragique. Parce que la tendresse de son regard fait de ce texte une pépite. Car c’est violent, poignant et burlesque, totalement cinégénique. Car ce récit intime rejoint la grand Histoire. Parce que ce premier roman est un véritable joyau où l’autrice récrit son propre acte de naissance. « J’avais cette obsession de raconter mon histoire, de me la réapproprier, de récupérer le roman familial. Je voulais, moi, écrire ma vérité. »

FAMILLE, JE VOUS AIME, JE VOUS FUIS. Maria Larrea, scénariste et réalisatrice pour de vrai, a su créer une ambiance folle furieuse à la Almodovar dans son roman. Au casting : des prostituées, des hommes violents, des enfants abusés. C’est à Bilbao que tout commence, dans l’Espagne de Franco. Un double abandon, beaucoup de misère et de tristesse. Puis au chapitre III apparait la narratrice. Elle raconte son enfance parisienne entre Julian, un père basque buveur, cogneur à l’occasion, gardien de théâtre et Victoria, une mère galicienne, femme de ménage dans les bars à hôtesses. Ses parents, elle les aime tout autant qu’elle cherche à les fuir. C’est donc l’histoire d’une adolescente instable et paumée qui ne trouve pas sa place. Qui sort, se drogue et boit pour oublier son mal-être. C’est alors que la bombe à explose. À 27 ans, elle apprend que ses parents lui ont menti sur ses origines. Elle est une fille de personne, « hija de nadie » comme sa mère lui lance au visage, sans mesurer la cruauté du propos. « Je ne t´ai jamais dit parce que j´avais peur. Que tu m´abandonnes. On m´avait dit de ne jamais te le dire parce que tu portes notre nom. Mais tu es ma fille ».  Dans un dernier élan, elle ajoute : « On t´a adoptée ». C’est une véritable gifle pour Maria. Et le début d’une longue enquête, reconquête de son identité. Autant dire une descente aux enfers.

 L’ÉNERGIE DU DÉSESPOIR. Maria n’a plus qu’une obsession : partir à la recherche de ses racines espagnoles. Une enquête hallucinante, rythmée par des rebondissements à foison, menée sur plus de dix ans, où cette jeune femme blessée déploie une énergie folle. Le livre se fait haletant, débridé. Riche des ses études de cinéma, Maria a le sens du rythme et du montage. On passe du présent au passé dans un amalgame des bribes d’une histoire familiale mal recomposée, comme un puzzle où il manquerait trop de pièces. Les allers-retours à Bilbao, Julian, les armes à feu, Victoria, la mère taiseuse, la grand-mère obèse « au visage de batracien ». Les recherches ADN, les tarots, google, les détectives, les trafics d’enfants, le régime franquiste… tout y passe, et Maria ne lâchera rien jusqu’à ce que la lumière apparaisse.  Une forme de délivrance.

DU RIRE AUX LARMES. Les gens de Bilbao naissent où ils veulent est un mélange de burlesque, de situations quasiment de comédie, très joyeuses où on sourit et un mélange de drame et de violence. La narratrice, alter ego de Maria Larrea, raconte avec flamboyance, entre le rire et les larmes, les secrets de famille, les malheurs du père, le cœur lourd d’une « tristesse originelle, qui s’en sort en étant « absolument alcoolique ». Marié à une femme d’une « beauté ineffable ». Avec fougue, elle attrape même le burlesque de leur tragique existence. C’est là où le style de Maria Larrea fait la différence. Dans sa flamboyance, son énergie, sa drôlerie qui masque des abîmes de désespoir. Dans un montage cinématographique serré champ contre champ, elle fait défiler les années. Avec un débit de mitraillette, une énergie très imagée, un humour mordant et une distanciation salvatrice, Maria Larrea se raconte sans concession.  « Être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard », chantait Le Forestier. Quand ces hasards sont aussi des screts de famille, les existences ressemblent à des fictions. Ce beau premier roman de Maria Larrea d’un réalisme magique saura vous en convaincre.

*À l’origine du titre : un dicton espagnol : « Los de Bilbao nacen donde les da la gana », une phrase que le père de l´écrivaine lui répétait souvent et qui renvoie à la fierté des Bilbayens ou de ceux qui ont leurs racines à Bilbao, même s´ils ne sont pas forcément nés dans cette ville espagnole située au Pays Basque. La subtilité d´avoir opté, dans le titre du roman, pour « Les Gens de Bilbao » au lieu de la traduction littérale qui serait plutôt « Ceux de Bilbao » aura été une sorte d´hommage, un clin d´œil, de l´aveu même de l´écrivaine, à James Joyce, un auteur qu´elle affectionne, et à la traduction française –Les Gens de Dublin– de son roman Dubliners
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Réalisatrice et scénariste passée par la Fémis, Maria Larrea, Française née en 1979 à Bilbao, publie en 2002 chez Grasset son premier roman Les gens de Bilbao naissent où ils veulent. On attend le prochain avec impatience.