THE POWER OF THE DOG, de Jane Campion

Film
Bien
Très bien
Un Must
Trompe l’œil

Le pitch

Montana, 1925. Phil et George Burbank, deux frères aux caractères opposés, se trouvent à la tête du plus gros ranch de la région.  Un lieu et une époque loin de la modernité galopante du XXème siècle, où les hommes assument apparemment leur virilité et leur mâle assurance. Lorsque George tombe amoureux de Rose, l’équilibre de la fratrie prend cher. Un somptueux duel viriliste dans l’Ouest américain, à l’aube de l’ère industrielle. Une histoire retorse où l’on parle de masculinité toxique et d’homosexualité refoulée, de Far West et de modernité. D’érudition et de rusticité. De l’agonie des pionniers. Un western sombre et obsédant.

Pourquoi je vous le conseille ?

Parce que ce western somptueux se révèle en thriller éprouvant, à combustion lente. Car sous l’apparente virilité triomphante d’un certain âge d’or américain se dessine le questionnement existentiel du mâle alpha en quête d’identité. Pour les acteurs, tous fantastiques et engagés. Car même si la mise en scène ample et les images à couper le souffle auraient bien mérité une sortie ciné en format panoramique, on ne va pas bouder son plaisir sur petit écran. Car cette histoire en trompe l’œil résonne en nous, longtemps.

UNE HISTOIRE D’HOMMES ET DE MASCULINITÉ. Pour la première fois, Jane Campion nous parle d’une histoire d’hommes et d’une époque corsetée où les femmes n’ont que peu de place. Son film pose la question de la masculinité avec comme point de départ, un antagonisme viscéral qui sépare deux frères. Côté pile, Phil, fermier jusqu’au bout des ongles, vit dans le regret d’un Ouest mythique où « Il y avait de vrais hommes à l’époque ».  Homme de la terre d’apparence rustre, il arbore avec ostentation les signes extérieurs de la virilité et dirige le ranch à la force du poignet. Un cow-boy toxique au tempérament d’autant plus cruel qu’il est brillant et cultivé. Côté face, George. Gestionnaire flegmatique et propre sur lui, prévenant et bien costumé, qui se rêve une respectabilité bourgeoise qu’il n’atteindra jamais. Méticuleux et bienveillant, il se révèle surtout lâche, aveugle aux signaux de détresse envoyés par son entourage. Ne vous laissez pas berner par les apparences dans ce western crépusculaire. La sensibilité n’est pas toujours là où on l’imagine et l’apparition d’une veuve diaphane et de son fils sensible et efféminé, va faire tomber tous les masques. Et questionner les fondements de la virilité, de l’emprise. Le patriarcat comme frein à l’épanouissement des femmes est un thème récurrent de la filmographie de Jane Campion. Ses héroïnes luttent toujours pour ce qu’elle qualifie de « masculinité de la domination qui fait du mal, mais qui ne se connaît pas elle-même ». The Power of the Dog s’inscrit parfaitement dans cette filiation.

UNE AMBIGUÏTE PERMANENTE. Sous les apparences d’un western dont il semble détenir tous les attributs, The Power of the Dog se dévoile en huis-clos, en fresque intimiste et psychologique où l’on suit les points de vue et trajectoires personnelles de 4 personnages. Un film de chambre où, au-delà de la dénonciation d’une masculinité rendue toxique à force de renonciations et d’interdits, Jane Campion nous interroge sur ce qui rend les hommes vulnérables : leurs peurs, leurs émotions et sexualité refoulées. Où à travers sa déconstruction du mythe du cowboy la réalisatrice nous indique que le macho toxique n’est pas forcément celui qu’on croit. Et nul n’est ce qu’il paraît dans ce petit théâtre des apparences.

UNE MISE EN SCÈNE SOMPTUEUSE. Contrairement à bon nombre de westerns classiques sis dans le Far West de la ruée vers l’or de la seconde moitié du XIXème, The Power of the Dog fixe son action au démarrage de la modernité au mitan des années 20 avec, au-delà des attributs typiques du genre – le ranch, les espaces à perte de vue, le bétail – l’apparition de l’automobile et de l’industrialisation. Ce récit fascinant, bourré de fausses pistes, se pare de merveilleux paysages cadrés large. Ce grand spectacle se double d’un drame claustrophobique. Où plus la tension monte, plus les plans se resserrent sur le duel aussi attendu que redouté entre Phil et Peter. Car comme le soulève Jane Campion « D’une certaine manière, c’est un huis clos, et c’est presque comme s’ils étaient sur une petite embarcation au milieu d’un océan. Car même si le paysage est grandiose, on se sent isolé : c’est immense et très solitaire à la fois, tout particulièrement pour Rose ».

Petit Bonus explicatif. Quand Jane Campion répond à Mathilde Blottière et Sébastien Mauge, journalistes à Télérama sur ce que signifie le titre, The power of the dog ?  « Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Cette expression provient d’un psaume intense de la Bible au style incroyablement viscéral. Le Christ est sur la Croix, sa souffrance est intenable et il parle de ses entrailles, de sa chair et de son sang. Son martyre le ramène à sa condition humaine, voire à l’animal qui est en lui. Pour moi The power of the dog est un avertissement : tout ce qui est caché en vous, ces pulsions réfrénées par la civilisation, peut surgir à un moment donné et exposer votre nature profonde. »

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La fiche

Titre français :

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Jane Campion est une réalisatrice Néo-Zélandaise de grand talent connue notamment pour :

La leçon de Piano (The Piano, 1993). Palme D’or à Cannes en 1993 (Jane Campion sera la seule femme à obtenir ce prix prestigieux jusqu’à Titane en 2021). Et prix d’interprétation féminine pour Holly Hunter. Avec aussi Harvey Keitel, Sam Neill.  Ada, mère d’une fillette de neuf ans, s’apprête à partager la vie d’un inconnu, au fin fond du bush néo-zélandais. Son nouveau mari accepte de transporter toutes ses possessions, à l’exception de la plus précieuse : un piano, qui échoue chez un voisin illettré. Ne pouvant se résigner à cette perte, Ada accepte le marché que lui propose ce dernier : regagner le piano, touche par touche en se soumettant à ses fantaisies.

Un ange à ma table (An angel at my table, 1991). Avec Kerry Fox, Alexia Keogh, Karen Fergusson. Ce film retrace les débuts difficiles de Janet Frame, une femme issue d’une famille nombreuse dans un milieu ouvrier, qui se distingue très tôt par ses dons littéraires et son goût pour la poésie. Lorsqu’elle étudiait à l’université avec le rêve de devenir enseignante, elle fut arbitrairement internée en hôpital psychiatrique et diagnostiquée schizophrène. Enfermée pendant huit ans, c’est sa notoriété grandissante et la chance d’avoir été publiée qui lui permettront enfin de quitter l’asile.

Sweetie (1990). Kay a peur de tout : du présent, de l’avenir, de la vie, de la mort. Tout semble s’arranger lorsqu’elle se met en ménage avec Louis, l’ancien fiancé d’une collègue. Mais ce bonheur apparent ne dure qu’un temps et ses angoisses la reprennent. C’est alors qu’apparaît Sweetie, sa jeune sœur, obèse, débraillée et sympathique, qui laisse dans son sillage un énorme nuage d’entropie… Avec Karen Colston , Genevieve Lemon , Tom Lycos.

In the cut (2003). Avec Nick Damici, Patrice O’Neal, Sharrieff Pugh. Professeur de lettres new-yorkaise, Frannie vit seule. Un soir, dans un bar, elle est le témoin d’une scène intime entre un homme et une femme. Fascinée par l’intensité de leur passion, elle n’a que le temps de remarquer le tatouage de l’homme et la chaleur de son regard. Le lendemain, elle apprend qu’un meurtre a été commis tout près de chez elle. Interdit aux -12 ans.

Sans oublier la série Top of the Lake (2013 – 2017 / 2 saisons / 6×60 min). Avec Elisabeth Moss, Gwendoline Christie, Alice Englert. Une série qui explore les enquêtes de la détective Robin Griffin, spécialisée dans les crimes et les agressions sexuelles. Des enquêtes délicates qui l’amènent sans cesse à tester ses limites et ses propres émotions.

À découvrir ailleurs, dans la même ambiance

The Hi-Lo Country (1999) de Stephen Frears. Avec Woody Harrelson , Billy Crudup , Cole Hauser. Après la guerre, Pete et son ami Big Boy reviennent à Hi-Lo, Nouveau-Mexique, où ils ont mené jusqu’au début des années quarante la vie traditionnelle des cow-boys et des petits fermiers. Leur monde a bien changé et le temps des petits exploitants est révolu. Refusant de travailler pour le plus grand propriétaire de la région, Jim Ed Love, ils s’associent à Hoover Young, qui leur offre une chance de préserver leur style de vie et leur indépendance. Mais Big Boy a une liaison avec Mona, la femme du régisseur de Jim Ed Love, que Pete convoitait en secret.

La porte du Paradis (Heaven’s Gate, 1981). Film américain de Michael Cimino. Avec Kris Kristofferson, Christopher Walken, John Hurt. En 1890, dans le Wyoming, de riches éleveurs anglo-saxons s’opposent à la conquête anarchique du territoire américain par les immigrants d’Europe centrale. Ils engagent des mercenaires pour y remédier. Un film immense, devenu culte. Indispensable.

Le secret de Brokeback Mountain (Brokeback Mountain, 2005) d’Ang Lee. Adapté de la nouvelle Brokeback Mountain d’Annie Proulx, le film raconte la passion secrète vécue pendant vingt ans par deux hommes, Ennis del Mar et Jack Twist qui « avaient grandi dans deux misérables petits ranchs aux deux extrémités de l’État du Wyoming » dans les années 60.