NOBLESSE OBLIGE, de Robert Hamer

Film
Bien
Très bien
Un Must
Droits de succession

Le pitch

Renié par sa noble famille à cause de la mésalliance de sa mère avec un roturier, Louis Mazzini d’Ascoyne exécute méticuleusement, une fois ses deux parents disparus, la sombre vengeance qu’il a imaginée pour se frayer un chemin jusqu’au titre de Duc de Chalfont. Éliminer les tenants au titre qui se trouvent avant lui dans l’ordre de succession. Un sommet de l’humour noir. Une finesse d’esprit toute britannique. Dès 8 ans.

Pourquoi je vous le conseille ?

Car c’est un classique atypique dans l’univers de la comédie anglaise. Pour la performance d’Alec Guinness qui a tenu à jouer tous les rôles de la famille d’Ascoyne. Pour le ton so British ; un humour second degré teinté de cynisme. Car la structure narrative originale fait tout le sel de ce journal intime d’un tueur en série qu’on n’arrive pas à trouver totalement antipathique. Pour la critique d’une société Britannique qui étouffe de son hypocrisie sociale. Où sous le vernis de la bienséance pointe le mépris le plus absolu des nantis pour les classes supposément inférieures. Un diamant noir de la comédie anglaise de l’après-guerre, à voir et revoir.

POUR L’HUMOUR PINCE-SANS-RIRE. Cette cynique histoire de revanche sociale est narrée sur le ton flegmatique si typique de nos amis anglais. Un régal d’humour second degré qui part d’un constat on ne peut plus simple : puisque ses parents ont été absurdement victimes d’accidents du destin, il est en droit d’infliger le même sort aux membres de la famille afin de faire de la place pour récupérer ses titres de noblesse injustement spoliés.  Un élagage sanglant de l’arbre généalogique exécuté avec un sang-froid et une classe toutes aristocratiques. Seuls atouts que le réalisateur accorde d’ailleurs à ses compatriotes de la Haute. Car cette comédie noire propose à sa manière, unique, d’envisager cet horrible massacre avec légèreté, élégance et insolence. Un humour discret, ironique et macabre, qui ne verse pas dans le burlesque mais plutôt dans une certaine idée de l’élégance d’esprit.

LE JOURNAL D’UN SERIAL KILLER. Le narrateur, dandy distingué tout en retenue, nous invite à suivre l’histoire à ses côtés, de son point de vue. Est-ce si grave, nous dit-il ? N’ai-je pas raison de les éliminer ? Ai-je le choix car voyez comme ils me traitent. Nous devenons ainsi les témoins compréhensifs de cet homme élégant et suave, qui n’est autre qu’un serial killer.  Une structure narrative absolument perverse qui participe à l’extrême originalité du film. Une narration qui est d’ailleurs servie par la qualité du langage ; une finesse des dialogues qui se révèle jusque dans les silences, les hésitations.

UNE CRITIQUE FÉROCE DE LA SOCIÉTÉ. Rappelons ici que cette comédie tournée en 1949 était produite par les Studios Ealing qui contribuèrent à la notoriété du genre pendant 10 courtes années de l’après-guerre (Pimlico, Whisky à gogo…). Une comédie Britannique qui était considérée comme contributive à l’effort national pour remonter le moral des Britanniques dans un contexte de reconstruction marquée par le rationnement et l’urgence du rééquilibrage économique d’un pays en faillite. La particularité des Studios Ealing était d’imaginer des comédies qui ne manquaient pas d’être critiques vis-à-vis de l’autorité en place. En l’espèce, une recommandation d’insoumission à un État fort et de rébellion à l’ordre établi. Noblesse Oblige se déroule à l’époque Edwardienne (début du XXème) pour mieux parler du présent (l’après-guerre). Il questionne vertement l’ordre établi, le système des classes, les institutions. Il brouille les frontières entre le Bien et le Mal.  Il faut le reconnaître, cette famille de la plus haute lignée recèle son lot de crétins arrogants et incompétents : militaires plus ou moins corrompus, ecclésiastiques alcooliques, dandys désœuvrés. Mais notre narrateur ne vaut pas mieux : un tueur cynique, menteur et manipulateur. Un arriviste qui veut s’extraire de sa condition pour mieux dominer à son tour ces petites gens qu’il méprise pour leur docilité. Alors quel choix a-t-on dans une telle société qui manie si bien les conventions et la bienséance pour mieux maltraiter les plus faibles ?

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La fiche

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Avec Alec Guinness, dans une autre comédie British. Tueurs de dames (The Ladykillers, 1955). Dernier film Britannique d’Alexander Mackendrick avant de s’envoler pour l’Amérique où il réalisera Sweet Smell of Success (Le Grand Chantage). Avec Alec Guinness, Peter Sellers, Philip Stainton, Frankie Howerd, Cecil Parker, Phoebe Hodgson.

 

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