MEURTRE MYSTÉRIEUX À MANHATTAN, de Woody Allen

Film
Bien
Très bien
Un Must
Récréation policière

Le pitch

Carol et Larry Lipton forment un couple d’intellos bourgeois (ex bohèmes) new-yorkais. Ils soupçonnent leur voisin de meurtre. Rêve ou réalité ? Abandonnant l’ennui chic de sa vie paisible, Carole se mue en détective, embarquant dans ses aventures son poltron de mari, soutenue dans sa tâche par Ted, un ami qui la courtise et flatte sa lubie. Hilarant. Un miracle de finesse dans le ton et de tonicité dans l’exécution.

Pourquoi je vous le conseille ?

Pour la scène du magnétophone, un sommet de comédie. Tellement vintage. Car c’est un film plein de verve, spirituel, où l’on jubile d’être témoin de la complicité entre Diane Keaton et Woody Allen qui se retrouvent 16 ans après Annie Hall. Pour l’humour noir et les dialogues, comme toujours inimitables.* Pour les références cinématographiques traitées avec humilité et autodérision. Car ce faux film noir est un vrai film romantique. Un excellent cru allenien entre angoisse, humour et nostalgie.

THÉRAPIE DE COUPLE. Ils sont mariés depuis 20ans. Ils se sont embourgeoisés. Elle s’ennuie ferme pendant qu’il s’encroûte. Elle cherche un second souffle alors que la peur de vieillir pointe son nez, planquée sous les bons mots. Voici les indices de départ que Meurtres Mystérieux nous offre pour réfléchir à la longévité des couples. Avec une série de variations douces-amères sur l’opportunité (ou pas) de vieillir à deux.  Quel remède de survie conjugale prône le film ? Le recours à l’imagination et la folie douce. Un goût du jeu et de la comédie qui transformerait la vie en Cluedo géant, riche de surprises et de prises de risques. Une vie aventureuse qui offrirait une jeunesse éternelle au couple en mettant la confiance à l’épreuve. En fabriquant une crise de toutes pièces puisqu’elle ne vient pas d’elle-même. À vous de voir si l’expérience vous tente !

POUR DIANE ET WOODY. Quel bonheur de retrouver ce couple complice de cinéma, 16 ans après le mythique Annie Hall. Leur opposition de caractères soutient la dynamique euphorisante du film. Elle, Diane, joue à merveille la femme lasse qui se mue en enquêtrice en herbe, prête à tout imaginer pour sortir de sa routine et vivre enfin quelque-chose de fort, hors de son quotidien chic et de bon goût de l’Upper East Side. Quitte à se laisser conter fleurette par l’ami (Alan Alda, trop rare acteur) qui flatte sa tendance mythomane. Lui, Woody, avec sa calvitie et ses phobies, est parfait dans son rôle de mari intello, pleutre et hypocondriaque qui devient soudainement et pathétiquement intrépide dès lors qu’il s’agit de séduire une plus jeune autrice de talent (la fascinante Anjelica Huston). Elle fourre son nez partout et le fait tourner en bourrique tandis qu’il tente de la raisonner et panique pour un rien (ah la scène de la fouille de l’appartement des voisins où l’on hurle de rire au moins aussi fort que de peur !). Une logique d’opposition simple mais efficace qui fonctionne à plein grâce à l’énergie de Keaton, la force du scénario, l’excellence des dialogues et la complémentarité des acteurs.  Un antidote assuré aux petits coups de blues du quotidien.

UN HOMMAGE AU 7ÈME ART.  Vivre une vie comme au cinéma peut sauver un couple de la routine et les sortir de l’ornière mortifère de l’usure conjugale. Woody Allen convoque les grands maîtres de la comédie et du film noir pour appuyer son propos : Billy Wilder (Assurance sur la mort, 1947), Orson Welles (ah ! le final façon La Dame de Shanghai), ou encore Alfred Hitchcock (Fenêtre sur cour).  Ces intermèdes de parodie respectueuse des grands films noirs, offrent quelques-unes des grandes scènes drôles ou spectaculaires de cette comédie policière d’un brio absolu.

 * « I just can’t listen to any more Wagner, you know… I’m starting to get the urge to conquer Poland. » « Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne. » Larry Lipton
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La fiche

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Couleur / noir et blanc :

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La filmographie de Woody Allen nous offre pléthore d’excellents polars, plus ou moins humoristiques. Plus ou moins noirs. Tous recommandés.

Crimes et délits (Crimes and Misdemeanors, 1989). Avec Anjelica Huston, Woody Allen, Mia Farrow, Martin Landau, Alan Alda. Un ophtalmologue rencontre par hasard un documentariste. Ensemble, ils vont réaliser qu’ils ont commis à eux deux énormément de crimes et délits. Un chef d’œuvre annonciateur du brillant Match Point avec pour thèmes le crime et la chance.

Coups de feu sur Broadway (Bullets Over Broadway, 1994).  Avec John Cusack, Dianne Wiest, Rob Reiner, Jennifer Tilly, Tracey Ullman, Chazz Palminteri. Une comédie policière dans le New-York des années 20, où un jeune auteur de théâtre passe un marché avec un gangster : celui-ci finance sa pièce, mais en échange sa petite amie est engagée. Très charmant.

Escrocs mais pas trop (Small time crooks, 2000). Avec Woody Allen, Tracey Ullman, Une sympathique comédie déjantée.

Le sortilège du scorpion de Jade (The Curse of the Jade Scorpion, 2001). Avec Woody Allen, Helen Hunt, Dan Aykroyd. Une excellente fantaisie policière dans le New-York mythique des années 40. La touche magique de Woody y fonctionne à merveille

Match Point (2005). Avec Jonathan Rhys-Meyers, Scarlett Johansson, Emily Mortimer. Excellent film policier et de mœurs. Noir avec une pointe de cynisme.

À découvrir ailleurs, dans la même ambiance

Mon Petit doigt m’a dit…  (2005) et Le crime est notre affaire (2008). Deux (des trois) adaptations d’Agatha Christie par Pascal Thomas qui jouent sur une même opposition de caractères entre la femme aventurière et intrépide (Prudence Beresford jouée par Catherine Frot) et le mari plus plantouflard et planplan qui tente de la raisonner (sans succès) (Bélisaire Beresford joué par André Dussollier). Piquant et visible en famille dès 11 ans.

À (re)voir bien sûr les films cultes dont les références sont légions dans Meurtre Mystérieux à Manhattan :

  • La Dame de Shanghai (The Lady from Shanghai, 1947). Film américain d’Orson Welles. Avec Rita Hayworth, Orson Welles, Everett Sloane. Une histoire d’amour, de mort et de trahison.
  • Assurance sur la mort (Double Indemnity, 1944). Film américain de Billy Wilder. Avec Fred MacMurray, Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson. Incontournable film noir.
  • Fenêtre sur Cour (Rear Window, 1954). Film voyeuriste d’Alfred Hitchcock. Avec James Stewart et la sublime Grace Kelly. Culte.