L’HOMME DU PRÉSIDENT, de Min-Ho Woo

Film
Bien
Très bien
Un Must
Révolution de Palais

Le pitch

Séoul. Les quarante jours précédant le 26 octobre 1979 où le directeur des services de renseignements mit brutalement fin à dix-huit ans de règne autoritaire. Entre film d’espionnage et thriller historico-politique, L’homme du président adopte un point de vue aussi original que stimulant sur un événement déterminant de l’histoire de la Corée du Sud contemporaine. Dans une mise en scène feutrée, austère, à contre-courant des blockbusters coréens habituels (vous êtes prévenus).

Pourquoi je vous le conseille ?

Par curiosité historique car ce film d’espionnage de belle facture est inspiré d’un événement dramatique aussi fondamental et sujet à caution pour les Sud-coréens que l’assassinat de Kennedy l’est pour les Américains. Car cet assassinat (et la motivation de son tueur) font toujours autant débat. Pour la mise en scène élégante, crépusculaire, qui n’empêche pas une certaine efficacité toute hollywoodienne. Pour Lee Byung-hun, héros énigmatique du film et star du cinéma coréen, qui apporte toute sa fièvre obsessionnelle à ce personnage historique mutique et mystérieux.

UNE LEÇON D’HISTOIRE CORÉENNE. Enfin pour moi s’entend. La découverte d’un épisode traumatique et structurant de l’histoire de la Corée du Sud : l’assassinat du président Park Chung-hee. Vainqueur de la révolution de 1961 devenu tyran à force de 18 années de règne sans partage et dont la dérive sanguinaire apparait évidente alors qu’il est sur le point de déclarer la loi martiale pour écraser les émeutes étudiantes de Busan et Masan. Un film montrant un côté sombre de l’histoire de la Corée du Sud, davantage connue et médiatisée pour sa croissance économique spectaculaire. Instructif. Une curiosité historique qui à elle seule mérite le détour.

UN THRILLER HISTORICO-POLITIQUE. Tourné entre Séoul, Washington et Paris, ce thriller politique sur les arcanes du pouvoir sud-coréen et sa dépendance aux Etats-Unis, est tiré d’un livre enquête de référence qui retrace les 40 jours ayant précédent l’assassinat du président Park Chung-hee par le chef de la CIA sud-coréenne le 26 octobre 1979. 40 jours de lutte féroce entre conseillers avant que Park ne soit tué par son chef du renseignement Kim Jae-kyu, dont la motivation prête encore à débat. Avec au cœur du drame, la menace qui a plané sur la Maison-Bleue (le palais présidentiel local), de voir publier les Mémoires d’un dissident révélant sa corruption. Park, l’une des figures les plus controversées dans l’histoire sud-coréenne moderne, le leader d’une dictature militaire tout en étant l’artisan du développement miraculeux de l’économie du pays. Un contexte politico-historique original en soi qui entrouvre les portes du pouvoir sud-coréen en nous faisant vivre les événements de l’intérieur.

UNE HISTOIRE D’HOMMES ET DE TRAHISONS. Car c’est bien de cela dont il s’agit derrière la trame historique. Le ballet funèbre de dignitaires d’un régime à bout de souffle, autour d’un despote isolé par le pouvoir. La valse-hésitation et les états-d ’âme de Kim Gyu-Pyeong, le commandant (apparemment) puissant et prometteur du Service national du renseignement coréen (KCIA). Un homme obsédé, entièrement dévoué à la cause de son pays, soudainement pris en étau entre sa loyauté à « Son Excellence », ancien compagnon de la révolution de 1961, et son refus de sombrer avec lui. Un homme qui va devoir faire face à la trahison de son prédécesseur mais aussi à l’influence sur le président du chef de la sécurité présidentielle, le très brutal Kwak. Un film centré sur cette lutte de pouvoir où la rivalité entre les personnages fait inexorablement grimper la tension dans une atmosphère sourde de paranoïa généralisée. Chronique sous tension d’un drame annoncé.

UNE MISE EN SCÈNE AUSTÈRE ET SOIGNÉE. Certes la facture du film est plutôt classique mais la mise en scène est élégante et efficace. Grâce à une image particulièrement soignée, dans une tonalité sombre et crépusculaire qui distille cette ambiance de froide paranoïa si singulière qui ne fait que s’accentuer jusqu’à un final ébouriffant qui ne démérite pas face à certains films d’action coréens outrageusement sanglants et spectaculaires.

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La fiche

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J’avoue, je n’ai rien vu d’autre du réalisateur Min-Ho Woo.

L’acteur Lee Byung-Hun est quant à lui à découvrir dans deux films du réalisateur coréen Jee-Woon Kim :

  • A bittersweet life (Dal kom han in-saeng, 2006). Un chef de gang suspecte sa petite amie Hee Su d’avoir une liaison avec un autre homme. Il demande à son bras droit, Sun Woo, de suivre Hee Su et de l’éliminer s’il la surprend en galante compagnie. Interdit aux moins de 12 ans
  • J’ai rencontré le Diable (Akmareul boatda, 2011). Un agent secret recherche le serial killerqui a tué sa fiancée. Interdit aux moins de 16 ans.

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